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histoire instantanes d 'une vie

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Les endormis

Bernard Giraudeau est mort la semaine passée. Lorsque je suis allée en Afrique, au Sénégal, en 1995 ou 1996 lors d'une ballade, nous étions tombés par hasard sur le tournage de son premier film. Il racontait la mer, les esclaves, l'Afrique avec Richard Boringher. Ce film, je l'ai vu ensuite. Bref, c'était un travail complet. L'image que j'ai gardée de ce moment là, c'est Giraudeau en costume d'époque qui donnait des consignes. Il était à la fois le metteur en scène et acteur principal.

 

GIRAUDEAU Bernard 1995 Capricesdunfleuve 3

Je me souviens avoir visité la maison aux esclaves. C'était impressionnant. Quel souvenir.

Après ces souvenirs et la lecture des longs articles qui lui sont consacrés dans Paris Match (deux heures chez le coiffeur mercredi, ca aide), on ne peut pas être indifférent. Tout son parcours des dernières dix années ne peut laisser indifférent. Et forcément ca me renvoie à "mes" propres morts.

Cela m'a rappellé ma meilleure amie d'enfance, elle L'absente aussi s'est éteinte dans les bras de son mari en s'endormant. Seul réconfort pour son mari, savoir qu'elle s'était endormie, c'était là son seul soulagement.

La maladie avait été si dure et si soudaine, un cancer au cerveau non opérable. Elle n'a pas eu dix ans pour réagir mais six mois pour sa "descente aux enfers" sur terre. Ne plus pouvoir couper le gâteau à Noël, son mari qui savait, elle qui ne pouvait me le dire. A Pâques, ne plus pouvoir marcher, plus tard, ne plus pouvoir parler. Nos dernières paroles, c'étaient "Mais, comment ils vont faire les enfants sans toi ? ". Elle a laissé trois enfants âgés de six ans, quatre ans et un an, il me semble. Puis un jour même au téléphone, elle ne pouvait plus que dire oui ou non. Sa soeur faisait les dialogues, décryptait les "oui" ou "non". Je ne pouvais poser que des questions fermées. Que faire ? On ne peut qu'accompagner et s'y résoudre ou crier sa douleur.

Ceux sont des situations que tous seront amenés à vivre un jour mais le plus tard est le mieux.

Son mari, jeune homme alors a été très très soutenu par ses frères et soeurs. Heureusement, il en avait bien besoin. Aujourd'hui, ces enfants sont élevés et il est enfin en paix avec lui même et sait qu'il a accompli ce qu'il lui avait promis. Enfin habitué à son absence, il va pouvoir se reconstruire.

Ici, sur ce blog, ces morts, je les appellerais mes endormis à jamais.

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