histoire instantanes d 'une vie
C'est sur les conseils d'une collègue que je me suis fait offrir un livre "Les Pays" de Marie-Hélène Lafon. Ce nom ne m'est pas inconnu. Dans ma famille, on retrouve ce nom du côté de ma grand-mère. L'écrivain vient du Cantal, jeune femme elle fit ses études à la Sorbonne et elle raconte le décalage entre sa vie lorsqu'elle est montée à Paris faire ses études et celle de son père à la ferme. Cela m'a forcement parlé.
extrait (contexte : son père à l'occasion du salon de l'agriculture est venu voir sa fille à Paris)
"La seule chose qu'il craignait dans les voyages, comme ça à Paris, et encore plus ailleurs, s'il était allé ailleurs, c'était la nourriture, le changement de régime, et les conséquences que ça pouvait avoir. Chez Claire il mangerait la soupe, la salade, le fromage, et boirait ses deux ou trois verres de vin par jour, il disait le canon ; mais la façon de faire, de préparer les aliments, n'était pas la même; il se méfiait, ..."
"... ce vinaigre marron et presque sucré qu'il n'aimait pas beaucoup, et dont elle usait pour la salade alors qu'elle ne mettait pas d'ail dans la sauce ; pour la salade sans ail tout était changé ; et pour la soupe aussi ; elle achetait la soupe en portions congelées qu'elle faisait fondre dans une casserole à fond épais, en ajoutant ce qu'il fallait de la crème, ou du lait entier ; dans cette cuisine minuscule et impeccable, préparer un vrai bouillon de légumes semblait déplacé ; un peu comme si lui à la ferme s'était mis en tête de traire en pantalon et gants blancs avec une cravate ; d'ailleurs la soupe était bonne en y rajoutant du sel, et des bouts de pain trempé."
Lorsque mes parents daignent venir me voir en région parisienne, ma mère se met immédiatement aux fourneaux et c'est mieux pour mon père. Ma cuisine n'a rien à voir avec la leur. Tous les matins, vers 8h30 encore aujourd'hui, mon père boit un bol de bouillon comme il le faisait avant à la ferme après avoir soigné les bêtes. Il ne supporte pas ma vinaigrette à base de moutarde. Et les plats salé sucré, ce n'est pas son truc. Sans parler que là-bas, on mange le légume et la viande du plat principal l'un après l'autre, pas forcement ensemble. En tout cas, ce livre m'a rappelé l'Auvergne et tout ce que j'ai laissé là-bas.