histoire instantanes d 'une vie
Elle disait que ses parents lui avait donné ce prénom en souvenir de la chanson de Gilbert Bécaud. La place Rouge était vide, devant moi marchait Nathalie, Il avait un joli nom, mon guide Nathalie ...
J'ai fait sa connaissance à dix huit ans à Clermont-Ferrand en classe d'informatique. Nous étions quatre filles pour une vingtaine de garçons. Elle était le boute-en-train de la classe, le clown. Elle avait une petite voiture fort pratique pour accéder au campus. Que de fois nous avons retrouvé un de ses essuie-glaces dans une salle de cours sur l'imprimante. Les garçons aimaient la taquiner.
En ce temps là, je logeais dans le foyer Sainte-Marguerite (comme beaucoup de copines, cela rassurait nos parents de savoir que nous étions dans un foyer de soeurs) et une de mes amies étudiante portait le même prénom qu'elle et nous l'appelions Teuteu (les premières lettres de son nom de famille avaient été doublées.) Voilà comment un jour, pour savoir de quelle Nathalie je parlais, je l'ai baptisé Doudoune.
La seconde année, alors que j'étais en cité universitaire et comme elle avait la chance d'habiter un appartement, (avec un frigidaire) je lui apportais tous les matins le pain frais et nous petit-déjeunions ensemble. En fin de cursus, elle décrocha un stage dans une importante société de services en ingénierie informatique à Paris. C'est ainsi que nous nous sommes retrouvées à Paris pour le stage. Pour ma part, le choix de Paris était surtout motivé par le fait que je n'y étais jamais allée...
Elle fût hébergée chez son oncle et sa tante et moi en cité universitaire. Puis nos entreprises respectives nous ont proposé une embauche ce à quoi nous avons répondu positivement. Du coup nous avons cherché ensemble un appartement à louer. Pas facile de trouver. Parfois les agents immobiliers s'interrogeaint sur nos pratiques sexuelles. Son oncle et sa tante se sont portés caution. Nous avons habité ensemble trois années durant. Nous partagions les mêmes soirées avec nos amis collègues. Souvenir de nuits à discuter entre amis sur le pont des arts. Nous avons acheté chacune notre premier appareil photo ensemble. Tous les soirs, nous discutions.
Parfois, il m'est arrivée d'être confrontée à son absence subite car elle fuguait. Fuir était à cet instant la seule réponse à une situation qu'elle ressentait sans issue.
Puis j'ai rencontré un jeune homme et il est venu habiter avec moi. Nos chemins se sont alors séparés, elle a pris un appartement toute seule. Ce fut son époque théâtre. Chaque année, nous allions la voir jouer. Là, elle fût heureuse. Elle avait un ami très gentil. Depuis ce temps là, elle ne voulait plus qu'on l'appelle par son surnom mais qu'on l'appelle par son prénom. Cela était fort compréhensible.
Je me suis mariée. Elle aussi mais trop vite : elle est tombée sous le charme d'un homme plus désireux d'avoir des papiers que de construire un avenir à deux.
Un jour, elle ne répondait pas au téléphone ni chez elle, ni au travail. Sa cousine et moi l'avons retrouvé chez elle inconsciente. Les pompiers l'ont emmené avec moult précautions à l'hôpital en réamination. Quelques semaines plus tard, elle a repris sa vie d'avant.
Trois ans plus tard, le mauvais scénario s'est reproduit mais nous sommes arrivés trop tard. Elle était sans vie. Nous avons appris plus tard qu'elle avait rendez-vous le lendemain de son geste au tribunal avec son mari pour commencer la procédure de divorce.
Merisier à l'Arboretum de Chèvreloup, 18 avril 2010
Au delà de cette profonde amitié, voici ce que j'en retiens : les amies il faut leur parler, les consulter quand on ne sait pas trop comment faire. C'est important. Le fait d'échanger fait voir les choses différemment et force est de constater que les amies sont confrontées à des expériences similaires. Bref, échanger est essentiel. Ne pas s'enfermer dans ses problèmes, ne pas se replier sur soi est une règle dor.